Les maux de dos et les sports : Un ménage impossible ?
Les diverses pathologies de la colonne vertébrale ne sont pas toujours incompatibles avec la pratique régulière d’un sport. La décision d’arrêter celle-ci sera prise en fonction du contexte clinique qui doit prévaloir contre l’imagerie et d’autres investigations paracliniques. En toutes circonstances, il faut tenir compte de l’influence que le sport exerce sur la qualité de vie des patients et sur leur équilibre psychique.
Du point de vue de la médecine du sport, nous informe le docteur Ouchinsky, spécialiste en la matière, on peut systématiser la relation entre les disciplines sportives et les affections de la colonne en fonction des régions anatomiques de celle ci. Dans la région cervicale, le rugby et Les sports moteurs provoquent des microtraumatismes qui peuvent respectivement engendrer une arthrose précoce et une hernie discale. Celle-ci est aussi, parfois, la conséquence des macrotraumatismes subis lors des combats de judo ou de certains sauts en parachute. Seuls les gros problèmes cervicaux contre-indiquent la randonnée, le golf et la natation, qui sont permis dans les autres cas. Un de ces problèmes est l’atteinte des vertèbres cervicales dans la polyarthrite rhumatoïde et surtout des deux premières, l’axis et atlas, ce qui provoque une subluxation atloïdoaxoïdienne avec compression possible de la moelle.
Le lieu du « Mal du siècle »
La colonne dorsale, relativement peu affectée, est le siège des dorsalgies banales et, assez fréquemment, de l’ostéochondrose juvénile ou maladie de Scheuermann. Celle-ci correspond à une perturbation de la croissance des corps vertébraux, manifeste chez les adolescents. Elle interdit absolument l’équitation et de ce fait, devient encore plus difficile à supporter pour ces jeunes patients qui montent à cheval parfois depuis l’âge de 5-6 ans et se sont beaucoup investis dans celle activité, …
Cette ostéo-chondrose juvénile peut se manifester aussi au niveau de la colonne lombaire. En l’absence de douleurs, tous les sports sont permis sauf, évidemment, l’équitation et la gymnastique.
Certains jeunes avec une prédisposition morphogénétique particulière, présentent ce qu’on appelle une pathologie de surcharge (spondylolyse du jeune adulte), c’est-à-dire des fractures de stress provoquées par l’athlétisme, le judo, la gymnastique, le tennis,... l’incidence de ce type de fractures est faible. Le début peut être brutal, avec des douleurs importantes, imposant le repos et une kinésithérapie pour compenser la surcharge et délordoser le patient. Parfois, ces fractures sont asymptomatiques, leur découverte est fortuite et elles ne constituent pas une contre-indication pour le sport.
Les lombalgies - un des motifs les plus fréquents de consultation - sont le plus souvent dues à une détérioration du disque intervertébraI. Celui-ci peut irriter par protrusion le ligament vertébral commun postérieur, générant une douleur lombaire brutale et vive (le lumbago), qui détermine un blocage rachidien avec attitude antalgique en flexion. Elle peut même apparaître spontanément ou lors d’un geste banal et pas nécessairement à la suite d’efforts ou de mouvements inhabituels, comme ceux réclamés par la pratique sportive. Les symptômes s’amendent avec des anti-inflammatoires, du repos et une ou deux séances de manipulation vertébrale.
L’incontournable hernie
Le disque peut aussi comprimer la racine nerveuse dans le trou de conjugaison par hernie postéro latérale (sciatique vertébrale commune). Dans celle situation, la douleur est très intense, parfois insupportable et augmentée par les efforts d’impulsion. Elle radie dans le membre inférieur selon une topographie en fonction de la racine concernée. La colonne prend une position antalgique avec cyphoscoliose lombaire (en “baïonnette”) La hernie discale peut être provoquée par haltérophilie et les sports lourds comme l — en particulier le poids lancé, le disque et le javelot. Il est toujours possible, même après un diagnostic de certitude par tomodensitométrie, de nager et de rouler à bicyclette. Dans plus de 20% des cas, il y a une discordance entre les lésions objectivées par tomodensitométrie et leurs répercussions cliniques. Par conséquent, la hernie ne signifie pas en soi l’interdiction de tous les sports et les patients, s’ils le désirent, peuvent en faire aussi longtemps que leur état clinique le permet.
Une situation similaire se rencontre chez les personnes du troisième âge, souffrant d’ostéoporose. Trop souvent encore, on interdit le sport aux personnes âgées en invoquant le risque de fractures alors que, en réalité, ce risque se trouve augmenté par la sédentarité!
Evidemment, si un tassement vertébral est diagnostiqué ou bien si on trouve dans les antécédents des fractures spontanées récentes et qu’une pathologie cardio-vasculaire grave s’y ajoute, mieux vaut le repos. Dans les autres cas, les randonnées légères, la natation et la gymnastique douce pour le troisième âge ne peuvent faire que du bien.
La partie terminale de la colonne, le coccyx, est sujette à des lésions en relation avec la position assise, chez les kayakistes et les canoéistes. Les traumatismes de cette région, de gravité variable, n’épargnent pas, lors des chutes, les patineurs à glace ou à roulettes et ceux qui font du skate-board. En dehors des cas limites qui nécessitent une chirurgie radicale - l’ablation du coccyx - les manipulations ostéopathiques et les infiltrations locales avec des glucocorticoïdes sont d’un réel secours.
Une image de nous-memes?
En parallèle et, dirait-on, presque en dépit des avancées de la civilisation contemporaine, l’homme reste un être Ludique, compétiteur avec ses propres limites aussi bien qu’avec ses semblables et s’adonnant au jeu avec une joie qui n’a d’égal que le sérieux de l’entreprise. Qu’il résulte de l’atavisme du chasseur ou bien d’une lucidité possible, justement par émancipation de celle condition-là, le sport nous renvoie une image de nous- mêmes suspendus entre la nécessité et la pure gratuité... Faisons en sorte qu’on s’y reconnaisse toujours !
Dr N. GRIBOVSCHI
D’après une interview du docteur M. OUCHINSKY
Médecin généraliste du sport - ULS |